Page:Aimard - Par mer et par terre : le corsaire.djvu/130

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


L’enfant était presque une jeune fille ; sa beauté lui formait une auréole dont mes yeux étaient éblouis ; elle me reconnut, s’élança vers moi, fit une chaîne charmante de ses bras autour de mon cou et m’embrassa en me faisant mille délicieuses et enfantines caresses : ses baisers innocents me brûlèrent comme des morsures ; la sueur me vint au front ; je chancelai. Elle avait treize ans. Pendant les quinze jours que je passai près d’elle dans sa famille, je souffris des tortures devant lesquelles celles des martyrs ne sont rien ! Qu’est-ce que la souffrance physique comparée à la douleur morale ? Un jour, sentant que mes forces étaient à bout, que ma raison chancelante ne pouvait me soutenir davantage, je m’enfuis, lâchement, comme un malfaiteur, sans prendre congé de personne !

Olivier s’arrêta ; il était pâle, les veines de ses tempes étaient gonflées à se rompre ; la sueur inondait son front ; ses yeux, dont la pupille se dilatait, lançaient de fauves effluves ; il saisit une carafe pleine d’eau, remplit son verre jusqu’au bord, le vida d’un trait, et, le repoussant vide sur la table :

— Il y a deux ans de cela, dit-il d’une voix qu’il essayait de raffermir ; maintenant, sans doute, elle m’a oublié ; c’est une belle et sainte jeune fille ; elle est heureuse.

– Le croyez-vous, Olivier ? répondit doucement don Jose.

— Eh bien ! non, mon ami, je ne le crois pas, répondit-il avec explosion ; j’essaie vainement de me mentir à moi-même. Il y a quelque chose au fond de moi qui me crie qu’elle ne m’a pas oublié, qu’elle pense à moi et qu’elle souffre de mon ab-