Page:Aimard - Par mer et par terre : le corsaire.djvu/12

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


leur imprimant les balancements les plus bizarres ; les serenos, blottis dans les enfoncements des portes, grelottaient et sommeillaient ; parfois, à de longs intervalles, on entendait résonner, sur le pavé raboteux, le pas lourd et hâtif de quelque bourgeois attardé regagnant au plus vite son logis, ou le roulement sourd et lointain d’un carrosse de louage trottant tristement sous la pluie.

La demie après dix heures sonna à la Puerta del Sol ; au même instant, un galop rapide se fit entendre, et deux cavaliers enveloppés jusqu’aux yeux, dans les plis épais de leurs manteaux, tournèrent à fond de train l’angle de la calle de Carretas et de la Puerta del Sol.

— Halte ! dit un des cavaliers d’une voix contenue.

Les deux chevaux s’arrêtèrent, comme si leurs pieds se fussent subitement incrustés dans le sol.

L’homme qui déjà avait parlé sauta à terre, et, jetant la bride à son compagnon :

— Pars lui dit-il tu m’attendras au Leon de Castilla, en dehors de la porte d’Alcala ; il faut qu’avant le lever du soleil nous ayons fait dix lieues ; je te rejoindrai à une heure après minuit surtout, bouche cousue nous sommes entourés d’espions.

— Entendu, monseigneur, répondit le cavalier en rassemblant les brides dans sa main.

— Hein, encore ? fit le premier cavalier en frappant du pied avec impatience.

— Bien ! bien ! on se souviendra ; à vous revoir, señor Perrico, reprit-il en riant.

— À la bonne heure ! Maintenant, en route !

Le cavalier s’inclina respectueusement, fit