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Ce brick-goëlette, complétement galipoté, n’avait, en fait de peintures, qu’une fine raie rouge, ceignant ses préceintes ; son gréement et ses cordages, soignés avec le plus grand soin et nouvellement goudronnés, tranchaient, par leur teinte brune, sur la blancheur laiteuse de ses larges voiles.

Il n’arborait encore aucun pavillon, le soleil n’étant pas levé ; il louvoyait devant le port, sans essayer d’y entrer.

Malgré les allures pacifiques et même un peu nonchalantes affectées par le charmant navire, cependant un marin aurait, au premier coup d’œil, deviné, à la hauteur peu ordinaire de ses lisses, à la régularité mathématique de sa voilure, à la rapidité avec laquelle les manœuvres les plus compliquées étaient exécutées, toutes choses dénonçant un équipage beaucoup trop nombreux pour un bâtiment de commerce, que ce navire devait être porteur d’une lettre de marque.

En effet, ce fringant et alerte brick-goëlette ne trafiquait qu’à coups de canon.

Sur son couronnement on lisait, en lettres d’or, ces deux mots : Le Hasard.

À peine sorti de la rade de Cadix, la Jeune-Agathe avait subi une complète transformation.

En quelques jours, après avoir dédaigneusement abandonné son nom d’emprunt et les apparences candides sous lesquelles elle avait si longtemps abusé les autorités espagnoles, elle était devenue, grâce à des prodiges d’adresse, de science navale et de travail, elle était devenue, disons-nous, le hardi brick-goëlette colombien le Hasard, armé de quatorze caronades de 24, d’un canon