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CHAPITRE IV.

DE LA CONVERSATION INTÉRESSANTE QUE, TOUT EN DÉJEUNANT, OLIVIER ET DON JOSE MARAVAL EURENT ENSEMBLE.


Trois semaines environ s’étaient écoulées depuis le départ précipité et si adroitement exécuté de la goëlette la Jeune-Agathe de la baie de Cadix.

Par une splendide matinée de la première moitié du mois de juin, un peu avant le lever du soleil, un joli brick-goëlette d’environ deux cent quatre-vingts tonneaux, ras sur l’eau, fin comme une dorade, de la coupe la plus élégante et les mâts coquettement rejetés en arrière, couvert de toile, et gracieusement incliné sous l’effort d’une forte brise de l’est-nord-est, les voiles orientées au plus près du vent, courait de courtes bordées, en face de l’entrée du petit port de Moguers, le même port d’où, le vendredi 16 août 1492, c’est-à-dire environ quatre siècles auparavant, Christophe Colomb était parti pour se mettre à la recherche d’un chemin plus direct pour se rendre aux Indes ; chemin qui n’existait pas, à la vérité, mais à la place duquel il avait, sans s’en douter encore, découvert un nouveau monde, ou plutôt retrouvé un ancien continent que l’on croyait à jamais perdu.