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L’ÉCLAIREUR.

du moins possible, exécutée par l’homme qui déjà avait tout risqué pour sort amie et pour elle, et ne les abandonnerait pas dans les nouvelles tribulations dont elles avaient été assaillies par suite de l’odieuse trahison de leur guide.

Lorsque les deux amies s’entretenaient ensemble de quelque probabilité de délivrance, Laura n’osait prononcer le nom de don Miguel, et par une retenue dont la raison est facile à deviner, elle feignait de se reposer sur le nom et la puissance de son père ; plus franche, Luisa se contentait de répondre que la bravoure et le dévouement que don Miguel leur avait témoignés lui étaient un sûr garant que celui qui, déjà une fois les avait sauvées, ne tarderait pas à venir à leur secours.

Laura, que sa compagne n’avait pas jugé à propos de mettre au courant des obligations sans nombre qu’elle avait au jeune homme, ne comprenait pas le rapport qui pouvait exister entre lui et l’avenir, et elle interrogeait Luisa. Mais celle-ci restait muette à ce sujet ou éludait la question.

— En vérité, mon amie, lui disait Laura, tu parles sans cesse de don Miguel ; certes nous lui devons une grande reconnaissance pour le service qu’il nous a rendu ; mais maintenant son rôle est à peu près fini ; mon père, averti par lui de la position où nous nous trouvons, viendra avant peu nous délivrer.

— Querida de mi corazon[1], lui répondait Luisa en hochant la tête, qui sait où est ton père en ce moment ; moi j’espère dans le secours de don Miguel, parce que lui seul nous a sauvées de son propre mouvement, sans espoir de récompense d’aucune sorte, qu’il est trop loyal et trop homme de cœur pour ne pas terminer une entreprise qu’il a si bien commencée.

Cette dernière phrase fut dite par la jeune fille avec tant

  1. Chérie de mon cœur.