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L’ÉCLAIREUR.

les Indiens n’avaient pas tardé à reconnaître les jeunes filles pour Espagnoles.

Addick, après avoir d’un regard ordonné la prudence à ses compagnes, prit l’air le plus insouciant qu’il lui fut possible d’affecter, quoique son cœur battît à lui briser la poitrine, et se présenta pour entrer.

Après avoir franchi le pont de bois, il arriva impassible en apparence devant la porte.

Alors une lance s’abattit devant les étrangers et leur barra le passage.

Un homme, qu’à son riche costume il était facile de reconnaître pour un chef influent de la cité, se leva de dessus une butacca sur laquelle il était nonchalamment assis, occupé à fumer son calumet, s’avança à pas mesurés, et s’arrêta en considérant attentivement le groupe formé par Addick et ses compagnes.

L’Indien, surpris et presque effrayé d’abord de cette démonstration hostile, se remit presque aussitôt. Un éclair de joie brilla dans son œil fauve, il se pencha vers la sentinelle, et murmura à son oreille quelques paroles d’une voix basse et indistincte.

Le Peau-Rouge releva immédiatement sa lance avec un geste respectueux, fit un pas en arrière, et leur livra passage.

Ils entrèrent.

Addick se dirigea d’un pas rapide vers le temple du Soleil, en se félicitant, à part lui, d’avoir échappé aussi facilement au danger qui, pendant quelques minutes, avait été suspendu au-dessus de sa tête.

Les jeunes filles le suivirent avec cette résignation du désespoir qui ressemble, à s’y méprendre, à de la docilité et à de la déférence, mais qui n’est, en réalité, que l’impossibilité reconnue de se soustraire au sort que l’on redoute.