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L’ÉCLAIREUR.

et de lianes entrelacées, au sein duquel il était impossible de le deviner. À peine s’était-il caché ainsi, que les sabots de plusieurs chevaux résonnèrent au loin sous les épais arceaux de verdure de la forêt. Peu à peu le bruit se rapprocha, les pas devinrent plus distincts, et une troupe de cavaliers apparut enfin, marchant en colonne serrée.

Ces cavaliers étaient les gambucinos et les chasseurs.

Bon-Affût causait à voix basse avec don Miguel, porté sur un brancard sur les épaules de deux Mexicains, car il était encore trop faible pour se tenir à cheval. La petite troupe s’avançait doucement, à cause du blessé qu’elle avait au milieu d’elle, et se dirigeait vers le gué del Rubio.

Balle-Franche regarda passer ses compagnons sans faire un mouvement qui décélât sa présence ; il était évident qu’il voulait que ceux-ci ignorassent qu’il était revenu sur ses pas et que les motifs qui le faisaient agir devaient demeurer un secret entre lui et Dieu.

Ce fut en vain qu’il chercha l’Aigle-Volant et l’Églantine parmi les gambucinos : les deux Peaux Rouges s’étaient séparés de la troupe. Cette absence parut contrarier vivement le chasseur ; cependant, au bout d’un instant, ses traits se rassérénèrent, et il haussa les épaules de cette façon insouciante qui veut dire que l’homme a pris son parti d’une contrariété contre laquelle il n’y a pas à lutter.

Lorsque les gambucinos eurent disparu, le chasseur sortit de sa cachette ; il écouta un instant le bruit de leurs pas, qui s’affaiblissait de plus en plus et qui bientôt finit par s’éteindre complètement dans le lointain.

Le chasseur se redressa.

— Bon, murmura-t-il d’un air satisfait, je puis maintenant agir à ma guise, sans craindre d’être troublée, à moins que l’Aigle-Volant et sa squaw ne soient restés à rôder aux environs. Bah ! nous verrons bien ; d’ailleurs ce