Page:Aimard - L’Éclaireur, 1860.djvu/210

Cette page n’a pas encore été corrigée
200
L’ÉCLAIREUR.

heureux pour l’aracher à ses bourreaux et l’enlever de l’in pace horrible dans lequel ils l’avaient enfouie toute vivante ; votre fille, je vous la rendrai, don Mariano, je vous la rendrai pure et immaculée comme je l’ai prise dans son tombeau.

Don Mariano, si ferme dans la douleur, fut sans force pour la joie ; la commotion qu’il reçut fut tellement violente, qu’il roula sans connaissance sur le sol en joignant par un dernier effort les mains avec ferveur pour remercier le ciel de lui donner tant de joie, après l’avoir accablé de tant de souffrances. Les domestiques du gentilhomme, assistés par plusieurs gambucinos, s’empressèrent autour de lui et lui prodiguèrent tous les soins que réclamait son état.

Don Miguel laissa à l’émotion causée par la chute de don Mariano le temps de se calmer, puis après avoir, d’un geste, réclamé le silence :

— À nous deux, maintenant, don Estevan ! dit-il. Furieux de voir une de vos victimes vous échapper, vous n’avez pas craint de la poursuivre jusqu’ici, sachant que c’était moi qui l’avais sauvée ; vous m’avez dressé une embuscade, dans laquelle vous espériez me faire périr : l’heure est venue de régler nos comptes.

En reconnaissant qu’il n’avait plus son frère pour adversaire, don Estevan avait repris toute son audace et toute sa forfanterie. À cette interpellation, il s’était froidement redressé, et fixant sur le jeune homme un regard railleur :

— Oh ! oh ! dit-il avec ironie, monsieur l’homme de bien, vous ne seriez pas fâché de m’assassiner, n’est-ce pas ? pour me faire taire. Croyez-vous donc que je suis la dupe des beaux sentiments que vous étalez complaisamment ? Oui, vous avez sauvé ma nièce, c’est vrai, et je vous en remercierais si je ne vous connaissais pas aussi bien.

À ces singulières paroles, les assistants firent un mouve-