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L’ÉCLAIREUR.

— Ces coups de feu, ces cris que j’ai entendus ?

— La moindre des choses, un jaguar que je viens de tuer et que vous pouvez voir à quelques pas.

Il y eut un silence de quelques minutes ; don Miguel réfléchissait profondément, la lumière commençait à se faire dans son esprit, la mémoire revenait ; le chasseur suivait avec anxiété sur le visage du jeune homme les progrès incessants du retour de la pensée. Enfin un éclair d’intelligence brilla dans l’œil du jeune homme, et fixant son regard fiévreux sur le vieux chasseur :

— Combien y a-t-il de temps que vous m’avez sauvé ? lui demanda-t-il.

— Trois heures à peine.

— Ainsi, il s’est écoulé depuis que les événements qui m’ont amené ici ont eu lieu…

— Une nuit seulement.

— Oui, reprit le jeune homme d’une voix profonde, une nuit terrible. Oh ! j’ai cru mourir.

— Vous n’avez échappé que par miracle.

— Merci.

— Je n’étais pas seul.

— Qui donc encore m’est venu en aide. Dites-moi son nom, afin que je le garde précieusement dans ma mémoire.

— Bon-Affût.

— Bon-Affût ! s’écria le blessé avec attendrissement ; toujours lui. Oh ! je devais m’attendre à ce nom, car il m’aime, lui.

— Oui.

— Et vous, quel est votre nom ?

— Balle-Franche.

Le jeune homme tressaillit, et étendant le bras :

— Votre main, fit-il ; vous aviez raison tout à l’heure de dire que vous étiez un ami. vous l’êtes effectivement