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L’ÉCLAIREUR.

Les voyageurs mirent pied à terre, débarrassèrent leurs montures de leur selle et de leur bride, et après leur avoir donné la provende, ils s’assirent avec un soupir de satisfaction auprès de leurs nouveaux amis, qui leur firent, avec toute la cordiale simplicité du désert, les honneurs de leurs provisions et de leur campement.

Le lecteur a sans doute reconnu dans ces trois nouveaux personnages, Ruperto, l’Aigle-Volant et l’Églantine, que nous avons laissés se dirigeant vers le village du chef, où Ruperto avait reçu de Balle-Franche la mission d’accompagner le Peau-Rouge.

Non-seulement don Mariano et ses compagnon étaient fatigués, mais encore ils avaient très faim ; le chasseur et les Indiens les laissèrent assouvir leur appétit en toute liberté, puis lorsqu’ils les eurent vus, allumer leurs papelitos, ils les imitèrent, et la conversation s’engagea. Commencée un peu à bâtons rompus par ces questions habituelles au désert, sur le temps, la chaleur et l’abondance du gibier, elle ne tarda pas à devenir plus intime et à prendre un caractère tout à fait sérieux.

— Maintenant que le repas est terminé, chef, dit Ruperto, éteignez le feu, il est inutile que nous révélions notre présence aux vagabonds qui sans doute rôdent en ce moment dans la Prairie.

L’Églantine, sur un signe de l’Aigle-Volant, éteignit le feu.

— C’est en effet votre fumée qui vous a dénoncés, répondit don Mariano.

— Oh ! reprit Ruperto en riant, parce que nous l’avons voulu, sans cela nous aurions fait notre feu de façon à demeurer invisibles.

— Vous désiriez donc être découverts ?

— Oui, c’était un coup de dés.

— Je ne vous comprends pas.

— Ce que je vous dis vous semble une énigme, mais vous