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L’ÉCLAIREUR.

Mais comment sauver cet homme ! Où était-il ? Quel danger le menaçait ? Qui pouvait répondre à ces questions qu’ils s’adressaient mentalement ?

Là se dressait l’impossible.

Au risque d’être emportés par les eaux, les chasseurs contraignirent leurs chevaux à entrer dans la rivière, et presque couchés sur le cou des nobles bêtes épouvantées, ils interrogèrent les flots.

Mais nous l’avons dit, les ténèbres étaient trop épaisses, ils ne purent rien voir.

— L’enfer s’en mêle ! s’écria Bon-Affût, avec désespoir. Mon Dieu ! mon Dieu ! laisserons-nous donc mourir cet homme sans lui venir en aide !

En ce moment un éclair sillonna le ciel d’un éblouissant zigzag.

À sa lueur fugitive, les chasseurs entrevirent un cavalier luttant avec rage contre l’effort des flots

— Courage ! courage ! crièrent-ils

— À moi ! répondit l’inconnu d’une voix étranglée.

Il n’y avait pas à hésiter, chaque seconde était un siècle. L’homme et le cheval luttaient courageusement contre le torrent qui les entraînaient, la résolution des chasseurs fut prise en une seconde. Ils se serrèrent silencieusement la main et enfoncèrent en même temps les éperons dans les flancs de leurs montures, les chevaux se cabrèrent avec un hennissement de douleur, mais contraints d’obéir à la main de fer qui les maîtrisait, ils bondirent effarés au milieu de la rivière.

Soudain deux coups de feu se firent entendre, une balle passa en sifflant entre les deux hommes et un cri de douleur sortit du sein de l’eau.

L’homme qu’ils allaient secourir était blessé.

L’orage augmentait toujours, les éclairs se succédaient avec une rapidité inouïe. Les chasseurs aperçurent l’in-