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L’ÉCLAIREUR.

Doña Luisa, profitant d’un instant où le chemin devenait tellement étroit qu’il était presque impossible de marcher deux de front, s’approcha du chasseur compagnon de don Miguel :

— Un service, lui dit-elle rapidement à voix basse.

— Parlez, lui répondit celui-ci sur le même ton.

— Cet Indien ne m’inspire qu’une médiocre confiance.

— Vous avez tort, je le connais.

Elle secoua la tête d’un air mutin.

— C’est possible, fit-elle ; voulez-vous me rendre le service que je réclame de vous ? sans cela je le demanderai à don Miguel, quoique j’eusse préféré le lui laisser ignorer.

— Parlez, vous dis-je.

— Donnez-moi un couteau et vos pistolets.

Le chasseur la regarda en face.

— Bien, dit-il au bout d’un instant, vous êtes une brave fille. Voilà ce que vous me demandez.

Et sans que personne s’en aperçut, il lui remit les objets qu’elle désirait obtenir de lui, en y joignant deux petits sacs, l’un de poudre et l’autre de balles.

— On ne sait pas ce qu’il peut arriver, fit-il.

— Merci, lui dit-elle avec un mouvement de joie dont elle ne fut pas maîtresse.

Puis tout fut dit : elle fit disparaître les armes sous ses vêtements avec une prestesse et un certain air résolu qui firent sourire le chasseur.

Cinq minutes plus tard, on arriva sur la lisière de la forêt.

— Addick, dit laconiquement le chasseur, souvenez-vous que vous me répondez de ces deux femmes !

— Addick a juré, répondit seulement l’Indien.

On se sépara ; il était impossible de demeurer plus longtemps à l’endroit où l’on se trouvait sans courir le risque d’être découvert par les Indiens.