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L’ÉCLAIREUR.

cutaient en sons lugubres sous les voûtes profondes des cavernes inaccessibles et des fondrières béantes qui servaient de repaires à ces hôtes dangereux.

Reprenant la route qu’ils s’étaient tracée avec la hache, les trois hommes se virent bientôt auprès d’un feu de bois mort, qui brûlait au centre d’une éclaircie de terrain. Deux femmes, ou plutôt deux jeunes filles étaient accroupies pensives et tristes auprès du feu. Ces jeunes filles comptaient à peine trente ans à elles deux ; elles étaient belles de cette beauté créole que le pinceau divin de Raphaël a seul pu exprimer dans ses ravissantes têtes de Vierge. Mais, en ce moment, elles étaient pâles, semblaient fatiguées, et leurs visages reflétaient une sombre tristesse. Au bruit des pas qui se rapprochaient, elles levèrent les yeux, et un éclair de joie vint comme un rayon de soleil animer leur visage.

L’Indien jeta quelques menues branches dans le feu qui menaçait de s’éteindre, tandis que l’un des chasseurs s’occupait à donner aux chevaux, entravés à peu de distance, leur provende de pois grimpants.

— Eh bien ! don Miguel, demanda l’une des jeunes filles en s’adressant au chasseur qui avait pris place à leurs côtés, sommes-nous bientôt au but de notre voyage ?

— Vous êtes arrivée, señorita : demain, sous la conduite de notre ami Addick, vous entrerez dans la ville, asile inviolable où nul ne vous poursuivra.

— Ah ! reprit-elle en jetant un regard distrait sur le visage sombre et impassible de l’Indien, demain nous nous séparerons ?

— Il le faut, señorita ; le soin de votre sûreté l’exige.

— Qui oserait me venir chercher dans ces parages inconnus ?

— La haine ose tout ! Je vous en supplie, señorita, ayez foi en mon expérience ; mon dévouement pour vous est sans