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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

règlements à une extrême disette, se soulevèrent et se rendirent maîtres de la ville. L’autorité, prise au dépourvu, leur accorda l’augmentation de salaire qu’ils exigeaient ; mais, dès qu’elle les eut ainsi pacifiés, elle les surprit à son tour et fit occuper la ville militairement. En 1768, une nouvelle sédition, dans laquelle il y eut beaucoup de tués et de blessés, n’eut pas pour les ouvriers des résultats meilleurs. Enfin, dans les premières années du règne de Louis XVI, l’industrie étant devenue très-florissante[1], ils se crurent en droit de demander une augmentation de salaire de deux sous par aune. Pour toute réponse, on en pendit quelques-uns et l’on menaça les autres. Tout rentra dans l’ordre ; mais la discorde intestine entre les maîtres et les ouvriers n’en devint que plus profonde, et les passions politiques de la Révolution trouvèrent dans cette irritation comprimée de la masse ouvrière un puissant levier de guerre civile.

Les péripéties sanglantes du drame lyonnais, depuis le commencement de la Révolution jusqu’à la fin du règne de Louis-Philippe sont connues. En 1834, la construction de douze forts et d’une enceinte crénelée qui coupe en deux la ville des bourgeois et la ville des prolétaires, et renferme dans un cercle de fer la population la plus nombreuse, rendit sensible à tous les yeux la menace d’extermination toujours suspendue sur le prolétariat[2].

    gnons employés tantôt dans un atelier, tantôt dans un autre ; 8,000 maîtres ayant chacun plusieurs métiers ; environ 90 marchands qui, sans prendre part au tissage, supportaient tous les risques de l’opération commerciale. D’après le recensement général, fait en 1846, on comptait à Lyon 31,399 métiers de tous genres.

  1. L’imprimerie et la chapellerie étaient alors très-florissantes à Lyon et sont aujourd’hui en pleine décadence. Le tissage des étoffes de coton et surtout le tissage des étoffes de soie sont à peu près les seuls qui occupent en ce moment la fabrique lyonnaise (Je crois devoir rappeler au lecteur que ce volume est écrit en 1852.)
  2. L’enceinte fortifiée de Lyon date de plus de trois siècles. Détruite après le siége, en 1793, elle a été reconstruite en 1831. Cette construction et celle des forts, ajoutés en 1834, défectueuses sous le rapport militaire, en vue de la défense extérieure, sont disposées de telle façon,