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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

Mais l’opinion républicaine et les traditions révolutionnaires sont demeurées plus vives dans le département du Nord que dans le département de la Seine-Inférieure. La ville de Lille, qui s’était signalée, en 1789, par son patriotisme et, sous la Restauration, par son esprit libéral, avait eu, dès les premières années du règne de Louis-Philippe, une société républicaine formée des débris du carbonarisme, qui fit par la presse et par des affiliations secrètes une propagande active. Peu à peu, le radicalisme se dégagea du libéralisme avec lequel il s’était d’abord confondu. On se rappelle comment, au banquet réformiste, il l’emporta définitivement sur l’opposition dynastique représentée par M. Odilon-Barrot, dans la personne de M. Ledru-Rollin, à qui son ami, M. Delescluze, rédacteur en chef du journal l’Impartial du Nord, avait ménagé ce triomphe. Quant au socialisme, il existait à peine encore à l’état théorique, et l’école phalanstérienne, qui comptait à Lille un certain nombre d’adeptes, repoussait toute alliance avec les radicaux révolutionnaires[1].

Lorsque parvinrent à Lille les nouvelles de la fuite de Louis-Philippe et de l’établissement d’un gouvernement provisoire, le préfet, M. Desmousseaux de Givré, quitta précipitamment la préfecture et se retira chez le commandant de la division militaire. Le 27 février au soir, M. Antony-Thouret, chargé par M. Ledru-Rollin d’une mission assez vague, mais qui s’annonçait comme préfet pro-

    rapport d’un médecin de Lille, on a calculé que, dans les temps prospères, Lille compte un indigent sur trois habitants. Sur 21,000 enfants dans la classe pauvre, il en est mort, dans une année ordinaire, 20,700, avant l’âge de sept ans. (Voir le Rapport de M. Blanqui à l’Académie des sciences morales et politiques.)

  1. M. Hennequin, l’un des chefs de l’école phalanstérienne, se trouvant à Lille, le jour du banquet, non-seulement ne s’y présenta pas, mais, pour mieux protester, il fit annoncer pour la même heure une conférence publique. De son côté, M. Ledru-Rollin, à qui, dans un souper que lui offrait la loge maçonnique, l’un des convives posait cette question : « Êtes-vous communiste ? » répondait catégoriquement : « Je ne suis ni communiste ni socialiste. »