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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

M. Ollivier opposait : l’impossibilité d’opérer de vive force le désarmement de la garde nationale qui, certes, ne se laisserait pas dissoudre de bonne grâce ; les heureux effets produits par les opérations du comptoir d’escompte qui, n’étant point une institution politique, avait dû considérer, dans la nomination de son président, la probité et le crédit bien plutôt que le zèle républicain ; enfin, il affirmait que la nomination de Me Berryer, impolitiquement combattue, n’aurait pour tout résultat, en rompant l’alliance antérieure à la révolution des légitimistes et des radicaux, que de procurer l’élection de M. Thiers, considérée par le gouvernement comme infiniment plus dangereuse.

Des débats très-vifs entre les deux commissaires se renouvelèrent sur ces trois points principaux, pendant une huitaine de jours ; après quoi, le ministre de l’intérieur ayant donné raison à M. Ollivier[1], M. Reppelin dut céder et quitter Marseille, non sans avoir singulièrement nui à la cause qu’il croyait devoir servir par des moyens incompatibles avec l’état des esprits.

Indépendamment des excellents résultats que je viens de rapporter, l’administration de M. Ollivier, à Marseille, fut marquée par un incident d’un singulier intérêt. Le jeune commissaire, qui croyait le gouvernement républicain engagé d’honneur à réparer toutes les fautes et toutes les injustices du dernier règne, voulut avoir un entretien avec l’illus-

  1. Dans une dépêche du ministère de l’intérieur, adressée le 18 mars à M. Émile Ollivier, le secrétaire général, M. Jules Favre, s’exprime ainsi, au nom du ministre : « Je partage votre opinion que vous ne devez apporter aucun obstacle à la réélection du citoyen Berryer, qui, légitimiste seulement dans la forme, est au fond un patriote sincère, et dont l’éloquence, comme vous le dites avec raison, est une des gloires du pays. En principe, d’ailleurs, je ne crois pas que le succès des candidatures légitimistes, bien entendu toutefois à défaut d’autres, présente un danger réel. Les hommes les plus remarquables de ce parti, comprenant enfin qu’ils représentent des idées sans racines dans le pays, ont sincèrement adhéré à l’ordre de choses nouveau, les autres seront sans action sur l’Assemblée. »