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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/94

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PARTENZA…

de France. Je garde le souvenir de ses mains délicates comme des mains de fille, de la fixité troublante des jolis yeux noirs fouilleurs de mes yeux, tandis que montaient vers nous, avec la chanson des chalumeaux, l’énervante splendeur de Tanger qui, dans le soir commençant, étendait sur ses terrasses un bur-nous de vapeurs laiteuses, puis d’opales, puis orangées et blêmes enfin, pendant que dans le ciel, une à une, s’allumaient les constellations, se mouraient les voix tendres des muezzins, prenant leur vol jusqu’au loin sur la mer, et là-haut vers les étoiles…

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Maintenant je crois revoir, comme il y a sept ans dans ce même déploiement royal des marbres, des ors et des mosaïques qui tombent de la voûte de Saint-Pierre, passer l’auguste et souveraine blancheur du Pape. Je me souviens qu’en posant mes lèvres très indignes sur la pâleur diaphane de ses doigts je crus voir l’hostie qu’il venait d’élever sur l’autel, modelée en la forme humaine de cette main sur laquelle, dans l’effondrement de tout mon être, je venais de poser mes lèvres. Un lourd anneau d’orfèvrerie serti d’une pierre dont je n’ai pas distingué la couleur — peut-être étaitce un énorme diamant ? — tournait autour de l’annulaire du Pontife, et, comme honteux d’avoir osé frôler sa chair, je me repris en embrassant l’anneau longuement…

La chaise à porteurs qui contenait Léon XIII, enlevée par des serviteurs vêtus de soie rouge, avait dis-