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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/263

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PARTENZA…

il allait, paissant ses brebis, ses chèvres et ses boucs, les lèvres pleines des chansons de sa flûte, et son joli front d’enfant couvert d’un manteau de laine, débordant des rêves de splendeur qu’essayaient de fixer déjà ses mains habiles de petit berger…

Sainte-Marie-des-Fleurs est étrange : on franchit le seuil, fermant les yeux d’avance aux éblouissements que fait espérer la splendeur du dehors ; puis, les yeux ouverts, c’est une chute douloureuse dans le noir. L’immense basilique s’étend, plane et vaste, avec des lointains d’obscurité saisissante après le grand jour aveuglant de la rue. Les rares colonnes s’écartent violemment sous la poussée des ogives monstrueuses, dont les sommets se perdent en s’effaçant sous les voûtes teintes d’argile. C’est un délabrement de champ de bataille, toutes luttes terminées, un champ de bataille aux prises avec les premiers envahissements des ténèbres, dont le silence serait aggravé d’un lent essor de râles. C’est vide tellement que les yeux contemplent dilatés, hagards, l’immense solitude, le grand désert de pierres où danse le vertige…

Un pauvre vieux qui, après mille ruses et malgré nos refus, est parvenu à s’emparer de nous, m’offre de me guider et me demande si j’aime les arts. Et j’ai presque envie de rire de l’ironie puissante de cette question, ici, dans ce temple aux murailles de plomb élevé à la gloire du Néant ; ce temple où glisse en tous sens un courant d’air d’outre-tombe, où ne tremble la lueur d’aucune veilleuse, où les vitraux eux-mêmes, en partie, sont faits de lames métalliques