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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/252

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PARTENZA…

Et cela me fait frissonner d’entendre, au-dessus de Florence que je domine tout entière, ce nom auquel je ne songeais pas, jeté presque mystérieusement par le vieil artiste au moment précis où le palais s’ébranle sous les douze coups de midi. Les cloches de la ville semblent leur répondre comme à un appel de tocsin. Les vibrations des bronzes se heurtent aux parois de pierre. La tour monstrueuse en est tremblante de surprise. Pendant un temps encore, des clameurs métalliques descendent et lentement se répercutent dans les rues bleues…

Jérôme Savonarole, le couvent de Saint-Marc, les prédications à Sainte-Marie-des-Fleurs, la révolte, les visages glabres des moines ses frères, Benedetto le Peintre, dominicain batailleur ; Baldo Inghirami, docteur ès lois ; Francesco Davanzati ; la proscription, les tortures ; et celui-là — Borgia — et le supplice final en bas, sur la place où je redescends, le supplice dans une belle journée de mai, sous le beau soleil le même qui brille en ce moment ; les flammes du bûcher tourbillonnant monstrueuses et goulues autour de la frêle enveloppe du grand cerveau qu’elles allaient consumer : Jérôme Savonarole !… des fumées léchant ces murailles où je m’appuie, collant sur elles un peu de son être, des apeurs de son sang, apportant les derniers râles de ses lèvres éloquentes, criant, angoissées, à travers les braises ardentes : Ah ! Florence, que fais-tu aujourd’hui !… tandis que tombaient, funèbres, les mêmes marteaux sur les mêmes bronzes qui viennent de carillonner tout à