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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/36

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— Maman, je vais mourir ! Mon cœur s’affole. Ma respiration s’arrête. Elle est là, la Camarde. Je la sens qui s’approche, qui ricane. Un trou béant où l’on descend un cercueil jaune. De la terre qui tombe lourdement. L’éternité qui se ferme et les larmes d’une mère crucifiée !

Mon Dieu, ne me laissez pas mourir !

La clarté du jour chasse mes affres, mais chaque nuit, je couche avec Elle.

J’ai décidé que ce serait un docteur de Huelgoat qui me soignerait. Le médecin du Collège lui a envoyé les résultats de l’examen radiologique. Un jeudi, maman est allée aux nouvelles… Tendrement, doucement, elle m’a bercé. Et cette ombre que j’ai sur le poumon droit se dissipe… Je suis sûr qu’elle s’en ira comme le nuage frondeur s’en va rapidement du ciel radieux, un lendemain d’orage.

Sur les conseils du docteur, j’ai demandé les soins gratuits de l’Assistance Publique. Il y a là, dans l’armoire robuste aux clous luisants, une lettre du praticien pour le maire de ma commune. Je suis seul au coin du feu qui flambe. Seul, avec mes idées noires, à suivre l’envol capricieux de l’épaisse fumée âcre comme l’odeur du soufre qui brûle.

Cette ombre sur le poumon droit… et cette lettre qui traîne là. Voisinage insolite. J’ai couru à la missive et vivement d’un doigt hargneux j’ai déchiré l’enveloppe. Je ne suis pas sûr d’avoir bien lu. Je recommence. Je m’efforce au calme.

« Je soussigné, docteur en médecin… élève de… atteint de tuberculose pulmonaire… »

Tuberculose pulmonaire ! je tremble de tous mes membres, tout mon être saisi de désarroi, ma personnalité abolie, devant l’implacable verdict et la détresse infinie du diagnostic. Tuberculeux ! poitrinaire… Le médecin, charitable, a fait entre les mots, un renvoi, et il a ajouté