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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/142

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tration psychologique parfaite, se disait que la fortune ferait à brève échéance un éclatant blason à sa lignée. L’or n’a-t-il point des vertus prolifiques ? Et la preuve que le maître de la Métairie était dans le vrai, c’est que la noblesse dépouillée depuis beau temps de ses privilèges n’a plus que le prestige du nom ronflant. Parfois, il en est qui s’y laissent encore prendre. Mais n’en est-il pas aussi qui se laissent étourdir par la peau d’âne des charlatans ?… Et notre vilain, tout vilain qu’il fût, n’était pas dupe des préjugés…

Noblesse du cœur et autres noblesses, lamentables vieilleries, vers quels cieux vous êtes-vous donc envolés ? Trois fois heureux, les mortels vivant dans une ère d’émancipation et de progrès…

Le maître de la Métairie, ce ladre cynique et matois, conserva au moins en héritage quelques lambeaux de traditions seigneuriales. Il fut craint comme la peste et les maléfices et haï comme un authentique hobereau. Eh bien ! Croyez-moi si vous voulez, ce mécréant avait une fille ravissante qu’on appelait Mac’harit et qui, de par les écus paternels, passait pour la première et la plus riche des héritières du pays. Mac’harit épousa un « pen-her » de La Feuillée qui vint naturellement nicher à la Métairie. Par malheur, gendre et beau-père, de prime abord, ne se témoignèrent guère de brûlante sympathie. Et, un jour, pour mettre fin à une dispute affectueuse, le beau-père, qui n’était pas précisément beau, heurta un peu trop rudement de son « pen-baz » le cuir chevelu du « iannik » de La Feuillée, son doux et estimable gendre. Mort s’ensuivit.

Mac’harit accepta la chose le plus naturellement du monde. D’ailleurs, à quoi bon agir autrement ? Le pouvait-elle ? Que non, bien sûr. Est-ce que des âmes bien trempées s’émeuvent devant la banalité d’un tel accident ? Son mari était mort. Paix à son âme et que Dieu lui pardonne ! L’essentiel était qu’il fût enterré proprement et le plus vite