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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/141

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RIWALL LE SONNEUR





Où l’on voit Mac’harit-ar-Veridi mariant sa fille et où il est question de Riwall le sonneur.

La Métairie (Ar Veridi), dépendance du château du Salons, sis en Bot-Meur, était bien la plus belle terre de la contrée. Deux barrières robustes, sinon monumentales fermaient les deux extrémités de la route desservant cette pittoresque bâtisse aux allures de bas castel. De la chaussée moussue de l’étang aux bâtiments courait une rangée de hêtres magnifiques dont quelques-uns, opiniâtrement incrustés au sol se sont obstinés à vivre jusqu’à nous. La Métairie avait puits et four, mais point moulin. À part cela, aurait-elle pu prétendre à une totale indépendance et à une suzeraineté légitime sur tous les malheureux villages et « pen-ti » égaillés et blottis dans les creux broussailleux de l’Arré ? Comment, après l’émigration de M. de la Marche, le tenancier de la Métairie s’était-il approprié cette terre à redevances ? Mystère ! Toujours est-il que le bonhomme, de vilain qu’il était, devint seigneur et maître. À vrai dire, cet heureux mortel, boiteux, bossu et borgne, probablement quelque engeance d’enfer réincarnée par le Malin ne justifiait-il point de titres de noblesse inscrits à l’Armorial de Basse-Bretagne. Mais il estimait que quelques barils d’écus et de pistoles l’emportent sur la meilleure et la plus vieille noblesse du monde. Ce finaud diabolique, avec une péné-