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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/138

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sait aussi, la petite cloche aimée de Bot-Meur ! Iann, au hasard s’élança vers cette voix connue et amie, sans souci des creux et des ornières, des broussailles et des talus. Il fonçait dans la neige, droit vers l’appel du clocheton. Bientôt, il distingua les lumières du vieux bourg, veillant dans les chaumières à la préparation du « fiskoan » et la chapelle aux vitraux éclairés de reflets rougeâtres. La porte de l’église était entr’ouverte. Haletant, Iann se faufila parmi les fidèles. Son arrivée passa inaperçue dans le chant triomphal dont les poitrines frémissantes emplissaient la voûte sonore et constellée.

Iann, le grand Iann, Iann Vraz de Kerbarguen s’adossa contre le mur et se croisa les bras lentement. Son regard alla vers un bas côté où, près de l’autel il y avait une niche de sapin vert, entourant de rameaux sombres un petit Jésus blond en carton peint qui se réchauffait à l’haleine d’un bœuf paisible et d’un âne velu. Les rois mages agenouillés, il y en avait un rouge, un noir et plusieurs de couleur indéfinissable ou polychromes, tendaient leurs présents et leurs offrandes aux petites menottes ouvertes du fils de Dieu. Et Jésus souriait, d’un sourire frais, d’un sourire rose, d’un sourire de chérubin. Iann, lui aussi, sourit à l’enfant divin. Ah ! bien sûr, Jésus allait voir que Iann, le grand Iann, Iann Vraz de Kerbarguen n’était pas un ingrat et qu’il saurait rendre hommage au sauveur des hommes et qui l’avait sauveté aussi.

Et, comme un mugissement de la mer en furie, la voix de Iann roulant l’écho tonitruant des vagues et des rafales, déferla en tempête, noyant irrésistiblement le chant valétudinaire du chœur botmeurien.

Glôôôô… ôôôô… ôria in excelsis Deo !

Sur l’autel, les flammes des cierges vacillèrent et les candélabres se trémoussèrent de joie. Le prêtre, comme dans une bourrasque, courba les épaules et sa voix frêle