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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/127

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— Oui, mais c’est la troisième fois que Sa Grandeur m’invite. Cette fois, c’est un ordre.

Pour que ses réflexions eussent plus de poids, Samm-laou prit siège. Puis, péniblement, il mit son imagination à la torture… Soudain il se leva. Non sans solennité, pesant ses mots, lentement il déclara :

Aotrou Person ! votre chagrin me fait de la peine. Vous avez fait de moi l’homme que je suis (ici petite pose et effet de poitrine). Il est juste que je remercie l’homme miséricordieux que vous êtes. Je vais vous sauver. Voilà. Tout le monde ici sait que je suis chantre sans rival et vous-même vous reconnaîtrez que je suis à votre hauteur pour l’office. Soit dit sans vous offenser ! Quant au sermon… suffit, je m’entends ! Je me suis exercé tout seul à l’église, d’abord devant les chaises vides. C’est moins impressionnant et ça vous entraîne. Ensuite aux enfants du catéchisme.

— Tiens ! s’exclama l’ecclésiastique. Il avait en effet remarqué que la venue de Samm-laou pendant le catéchisme provoquait des accès de folle hilarité mais il omit de faire aucun rapprochement. En quoi, il fut sage.

— Depuis, Monsieur le recteur, aux jeunesses, avant les vêpres, devançant votre arrivée, j’ai apporté la bonne parole et avec un certain succès, conclut-il.

Cela dit, il se rengorgea.

— Et alors ? questionna le prêtre avide.

— Alors, si vous voulez me prêter vos habits, garnir modestement mon escarcelle, je cours me faire une gentille tonsure. Et le tour est joué ! Je vais à Quimper.

Le curé timide fit des objections quoique déjà gagné à cette folle idée.

— Il est vrai que je suis inconnu là-bas, avoua-t-il.

— Alors c’est convenu, hurla Samm-laou triomphant. Mac’harit-Voan, marmite défoncée, beugla-t-il en martelant