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Page:Abgrall - Et moi aussi j ai eu vingt ans.djvu/102

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cue, elle s’est affalée sur son lit et soudain elle éclate en sanglots.

Sous la désolation navrée du maudit destin, tête nue, je me suis enfui comme un fou. Malheur sur moi ! serais-je donc un assassin ? N’aurai-je plus donc le droit d’aimer ? Alors, adieu mon dernier amour !

La vie a des traîtrises démoniaques et je vais dans le drame, horrifié, tragique…

Un soir, en rentrant de la fête des Batignolles où je suis allé promener l’amertume de mon cœur tourmenté, j’ai été pris de grands frissons. Une fièvre intense m’a terrassé et mon organisme se débat dans une congestion pulmonaire qui m’aveugle et me déchire les côtes. De jour en jour, ça va plus mal. Je me laisse aller dans la demi-torpeur de la maladie, sans penser à rien, avec un seul espoir : fermer à jamais, doucement, sans mal, mes pauvres yeux brûlants. Comme une lampe qui s’éteint faute d’huile, je voudrais descendre dans la nuit, pour toujours…

J’ai craché le sang. Ce goût étrange, amer et salé m’a réveillé d’un coup. Et toutes mes fibres ont tressailli. Au plus secret de ma nature, des voix inconnues protestent. Non ! je ne veux pas mourir là, dans ce décor hostile du Paris hideux, sordide géhenne des parias de ce monde, éden aussi des favoris d’ici-bas. Je veux revoir le ciel lumineux baignant de clarté les dômes mauves et bleus de l’Arrée.

J’ai retrouvé ma vieille chaumière pleine de souvenirs et de sanglots. Au-dessus de mon petit lit de fer, le Christ fraternel roule toujours des yeux blancs et sur les murs gris où des larmes suintent passe toute la détresse de mon cœur.

Allons, maman, ne t’efforce pas à sourire. Pleure tout ton saoul, pleure, maman ! comme seules pleurent les mères. Rien ne me donnera plus le change puisque je suis certain que je m’en vais. Je ne vois même plus les dates