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naître la circulaire préfectorale car les bons conseillers eurent, écrit la jeune fille « un sourire indulgent », croyant à une bonne plaisanterie.

Il faut leur relire la circulaire, leur expliquer l’utilité de la mesure proposée. Et, braves gens en somme, les conseillers acquiescent « Si cela vous fait plaisir, nous ne pouvons pas nous y opposer ». Pour marquer son zèle féministe, la mairesse nomme la fermière vice-présidente (elle-même est présidente) du comité.

Voilà deux ans aujourd’hui que Mlle L… est mairesse. Son histoire a suscité des polémiques entre partisans et adversaires du suffrage féminin. Mais combien sont vaines toutes discussions devant la réalité ! Une femme aura su pendant deux ans, trois ans de guerre gouverner un village. Ne serait-il pas juste qu’elle-même et quelques-unes de leurs pareilles puissent à la paix continuer une tâche où elles apporteraient avec l’ordre, l’énergie, la finesse, de précieuses qualités d’initiative, et un zèle de néophytes bien nécessaire à notre pays ?

Le gouvernement l’a dès maintenant compris lorsqu’il a permis aux femmes de faire parti des commissions administratives et comités agricoles. On cite déjà l’exemple du préfet de la Gironde qui a délégué deux femmes à la commission du bureau de bienfaisance d’une de ses communes, et la municipalité de Caen qui — à la grande satisfaction des journaux régionaux — a appelé une femme à délibérer avec lui pour la formation d’un Comité agricole et nommé quatre femmes (dont deux à l’unanimité) sur les 9 membres de ce comité.

Quand, le 21 avril 1916, M. Albert Thomas a, pour