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 » Aidée de ma vieille mère, nuit et jour, sans arrêt, pendant que la bataille faisait rage, nous avons fait du pain.

 » Le premier soir, brisée de fatigue, je pleurais, exténuée, dans un coin du fournil. Mais les malheureux défilaient toujours plus nombreux, arrachant du four les miches brûlantes, avant que la cuisson fût complète.

 » Par malheur, le lendemain matin, le mécanisme du pétrin se détraqua. Un médecin-major qui se trouvait là, voyant notre détresse, répara tant bien que mal la machine et la transforma en pétrin à bras. Le travail est plus fatigant, mais les fournées sont assurées.

 » Jusqu’au 8 septembre, nous ne quittons pas le fournil, ne prenant pas, ma mère et moi, un seul instant pour dormir, et lorsque nous apprîmes la victoire de la Marne, nous crûmes mourir de joie : nous nous embrassions en sanglotant.

 » Depuis j’ai continué, et voilà bientôt deux ans que nous alimentons Faux-Fresnay et les communes avoisinantes, fournissant régulièrement deux cents clients. Nous commençons à faire le pain à deux heures du matin, nous pétrissons journellement deux sacs de farine. À midi, nous déjeunons vivement, ma mère et moi, et nous partons jusqu’à sept heures du soir faire les livraisons.

 » En rentrant, nous pansons le cheval et nous fendons le bois.

 » Maintenant nous sommes habituées à ce dur métier, nous n’avons jamais été malades un seul instant.

 » Vous voyez madame que c’est une chose bien simple. »

La boulangère de Faux Fresnay a connu par chance les honneurs de la grande presse ; combien d’autres seront toujours ignorées, ayant accompli une tâche à leurs propres yeux comme à ceux des leurs si naturelles qu’il n’y a même pas lieu d’en parler.

Les enquêtes ou observations faites dans tel petit vil-