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à peine un adolescent, qui portait la médaille et la croix de Saint-Georges, ce sous-officier qui larmoyait sans cause apparente. Mais la fillette, en exhibant tous ses documents établissant le droit qu’elle avait de porter la croix de Saint-Georges, apaisa leurs soupçons et aux regards inquiets succédèrent des regards pleins de déférence et de caresse.

Découragée un peu par la disparition de ses compagnes qui, décimées encore, continuent sans doute de se battre, la jeune fille se laissa persuader alors de se consacrer aux blessés. Et pour les soigner elle a retrouvé sa douceur féminine, voilée un instant sous l’ardeur farouche du combattant.

Spera Meteleff que nous avons vue vibrant avec ses compagnons d’arme d’une ardeur victorieuse partage avec eux les angoisses de la retraite. Quand le manque de munitions fit sentir ses effets « il fallut retraverser les Carpathes dans toute leur longueur. Ce fut effroyable ».

Des hauteurs qu’il occupait, l’ennemi nous bombardait sans relâche ; dans chacune de nos petites voitures blanches, où il y a place pour six blessés, c’était un entassement de corps gémissants ; d’autres blessés suivaient à pied, en essayant de s’accrocher aux roues. Parfois, voitures, hommes et chevaux tombaient dans des précipices et nous devions continuer la route, talonnés par l’ennemi. Nous, les sœurs de charité, nous allions à pied, ayant dû céder nos montures aux malades.

Dans ces conditions effroyables. Spera Meteleff accomplit de grands actes de dévouement. Une nuit, elle part recueillir des blessés demeurés dans une tranchée, à deux kilomètres du campement. La route est battue par