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Pendant une bataille des Carpathes, la nuit, l’une des douze amies, Zina Morozova, âgée de quinze ans, est tuée sur place par un obus. Le petit corps de la jeune fille fut émietté ; il n’en resta presque rien.

« Tout de même nous avons pu rassembler quelque chose de ses restes, raconte Zoé avec de la tendresse dans la voix. Le matin, la bataille a cessé et nous nous sommes toutes réunies autour de la place où Zina avait été tuée ; nous avons recherché ses petits os et nous les avons déposés dans un tombeau fait à la hâte. Sur la croix, nous avons écrit : « Volontaire du régiment X., Zina Morozova, quinze ans, tuée pendant la bataille de… »

« Le lendemain, nous étions déjà loin et je ne me rappelle pas très bien maintenant l’endroit où se trouve le tombeau de Zina. C’était là-bas, là-bas, parmi les grandes montagnes, là-bas, dans les Carpathes… »

Après la mort tragique de Zina, c’est Nadia, Zenia, Choura, qui payent leur tribut de sang, chacune d’entre elles blessée gravement doit abandonner le régiment. Bientôt Zoé elle-même est atteinte par deux fois, à la jambe et au côté. « Les blessures étaient tellement graves que chaque fois elle est restée sans connaissance sur le champ de bataille et plus tard seulement les brancardiers la retrouvèrent par hasard ».

Après la seconde blessure, elle dut passer un mois dans un hôpital. Puis elle repartit vers les positions à la recherche de son régiment et de ses amies. Mais, arrivée aux tranchées, elle trouva d’autres soldats russes qu’elle ne connaissait pas. La jeune fille, embarrassée, se mit à pleurer pour la première fois depuis le commencement de la guerre, trahissant ainsi, d’une manière inattendue, son sexe et son âge. Ses compatriotes regardaient avec méfiance cet étrange sous-officier,