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« Deux ravissantes petites fées polonaises de 16 ou 17 ans, des visages de saintes icônes sous l’or pâle de leurs cheveux blonds ; des améthystes brillant sous leurs paupières, fleurs vivantes en des corolles nacrées ». Soudain la ruée allemande se précipite ; le village est occupé, la maison envahie par les soldats de l’armée Hindenburg.

Ils sont en gaité… ; la cave de mes hôtes polonais a dû souffrir de la soif inextinguible des héros teutons.

« L’Allemagne, nous disait-on à l’université possède le plus grand cerveau et le plus vaste estomac du monde ».

Ah ! un accord de piano. J’y suis Miss Thèje et Sonia sont musiciennes. On les a conviées à régaler les envahisseurs d’un dessert d’harmonie. Je me trompe. Cet air qui commence ? Mais non, c’est bien lui, le Deutschland uber alles, l’hymne national allemand !

La légère plaisanterie tudesque se donne carrière. Les officiers ont trouvé spirituel d’imposer à une Polonaise l’exécution de l’hymne ennemi. Au surplus la pianiste se venge, peut-être exprès. Elle écorche cruellement le chant de Prusse. Elle a fini. Un silence. Puis un bourdonnement de voix. Tout à coup je reste interdit. Les notes enflammées de la Marseillaise, votre chant sacré, chers et vaillants alliés de France, éveillent tous les échos de la vieille maison. Qu’est-ce que cela signifie ?

J’ai eu l’explication plus tard.

L’officier le plus gradé, un commandant a dit : Une politesse en vaut une autre. Mlle Mège a joué notre Allemagne par dessus tout ; nous prions Mlle Sonia de jouer l’hymne qu’elle préfère.

Un dernier accord plaqué ponctue le : Qu’un sang impur abreuve nos sillons.

Ils vont partir à présent, délivrer mes hôtes de leur désagréable présence. Quoi encore ? Des clameurs dans la rue. Je me précipite à la fenêtre. Les volets sont demeurés entr’ouverts… Je puis voir au dehors sans être vu.