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rité de l’empire en cachant chez elle des ennemis ? Mais surtout — et voilà les raisons secrètes mais véritables de la haine allemande — celle-là comme celle-ci n’insuffle-t-elle pas aux populations vaincues, non soumises, l’espoir en une délivrance prochaine par la victoire des alliés ? L’une comme l’autre est un obstacle à la germanisation et, après avoir écarté la femme du ministre par l’exil, on se débarrassera de l’infirmière par l’assassinat.

Le 5 août, Miss Cavell est arrachée du chevet d’un blessé allemand et emprisonnée. Deux mois durant von Bissing et ses juges poursuivent une double tâche ; relever contre Miss Cavell un formidable dossier de crimes imaginaires, passibles de la peine capitale ; égarer l’opinion bruxelloise et internationale — représentée par les diplomates neutres — sur la portée et les conséquences possibles de l’arrestation. En vain le chargé d’affaires des États-Unis et ses collaborateurs sollicitent la clémence des juges. « À quoi bon ? » leur répondent les Allemands. N’ont-ils pas déjà cause gagnée ? Griefs insignifiants, peine légère.

Le 7 octobre, Miss Cavell avec 34 personnes comparaît devant des juges prévenus. L’accusation qui pèse sur elle est grave : avoir caché chez elle des fugitifs belges, français, anglais et leur avoir fourni avec des vêtements civils, les moyens de regagner leur pays : haute trahison ! Défendue par un avocat allemand, Miss Cavell est le 11 octobre condamnée à mort : la sentence est exécutoire pour la nuit suivante. En vain les ministres d’Espagne et des États-Unis essayent-ils en des démarches multipliées, d’attendrir von Bissing.