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consolation, la possibilité d’écrire ses mémoires. Elle pourrait, au bout de quelques semaines être libérée,… à une seule condition… demander pardon au Kaiser. Elle n’a pour cette suggestion qu’un sourire dédaigneux.

Les trois mois passent : en septembre les portes s’ouvrent ; elle est alors conduite, non en Belgique comme elle l’espérait, mais en Suisse. Le territoire belge lui est fermé, pour toujours, disent ses ennemis ; provisoirement, pense-t-elle. Dans l’exil, avec la petite boîte de terre natale pieusement recueillie, elle emporte l’espérance. Du moins en France, retrouve-t-elle, son mari, ses enfants et les milliers de petits orphelins qu’elle nourrit, soigne, réconforte et pour qui elle est « maman Carton ». Désormais, comme Mme Vandervelde c’est du dehors qu’elle travaillera pour la cause sainte. Nul plus qu’elle n’a contribué à soutenir très haut le moral d’un des peuples martyrs. Mais toute louange l’étonné et l’offense. « J’ai moins fait, dit-elle, que la plupart des femmes belges et je dois à ma seule situation sociale, le bruit fait autour de mon nom. »

Une figure manque à ce bref tableau : la reine Élisabeth, héroïne et martyre, la reine Élisabeth, épouse admirable, et grande patriote. C’est à son exemple sans doute, qu’est due, pour beaucoup, la fermeté des femmes comme à celui du roi Albert la bravoure indomptable des soldats. Mais le rôle de la reine se confond avec le rôle de son époux, avec le rôle de tout son peuple. C’est donc à l’Histoire, à la grande Histoire qu’elle appartient.