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la voiture de Mlle Canton-Bacara et arrachent le petit drapeau qui la décore. C’est un tout petit drapeau, presqu’un jouet d’enfant. Les deux brutes le jettent à terre et, sur l’ordre de leur chef, le piétinent. Maintenant, ce n’est plus du tout un petit drapeau. L’injure l’a grandi, puisque c’est la France qui vient d’être insultée en lui. Mlle Canton-Bacara est rouge de fureur. Elle proteste avec énergie. Le uhlan vocifère en allemand. Un officier de la garde survient. Très poliment, mais toutefois le revolver au poing, il dit à l’infirmière :

— Mademoiselle, il me faut avant une demi-heure cent chemises, cent caleçons et deux cents paires de chaussettes, s’il vous plaît.

La directrice de Vauxbuin ne se laisse point intimider. Dans le temps prescrit, elle apporte les fournitures demandées et se croit libre, lorsqu’un éclaireur de la garde, le lieutenant von Lœbenstein, l’oblige à monter dans une automobile allemande où sont empilées des provisions pillées au passage. Mlle Canton-Bacara, qui n’a rien pris depuis le matin, meurt de faim, et pour comble d’ironie elle a pour siège un gros fromage de gruyère et pour dossier un morceau de lard et un jambon. Par les vitres, elle aperçoit les incendies qui s’allument à l’horizon. Le sifflement des obus déchire la nuit, tandis que de la ville prise monte la sinistre rumeur de la conquête brutale. L’automobile ne peut avancer que lentement. Tout à coup, en arrivant au bord de l’Aisne, à la lueur d’un phare, l’infirmière croit voir bouger quelque chose dans le fossé.

— Arrêtez ! arrêtez !…

Elle saute à terre… Un homme ...... est là, gémissant, le bras brisé .......................

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.......................L’éclaireur de la garde n’y voit que du feu. Il refuse néanmoins de transporter le blessé jusqu’à l’hôpital.

On remonte en voiture, on repart : mais on n’a pas fait cinq cents mètres :

— Arrêtez, arrêtez, s’écrie Mlle Canton-Bacara, là… là… sur le talus, un uniforme.

— C’est assommant, à la fin, grommelle le capitaine alle-