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envahissaient l’église, y dansaient au son de l’orgue, puis, avant de se retirer, y mettaient le feu » [1].

Devant ces scènes dignes du pinceau de Callot, la vaillante supérieure garde le même calme courage. Lorsqu’elle s’aperçoit que le couvent est entouré de flammes ; lorsque la chaleur devient tellement intense que les vitres des fenêtres éclatent, elle se décide à tout faire pour sauver la ville comme elle en a pris envers elle-même l’engagement moral. Elle quitte l’hospice et, par les rues que gagnent les flammes, sans prêter attention aux crépitements de la fournaise, se rend chez le colonel. Écoutons la encore raconter avec bonhomie son entretien Je lui dis, indignée : « Monsieur, la parole d’honneur pour un officier français est une chose sacrée. Que vaut donc celle d’un officier allemand ? » Oh ! cela l’a touché ! Il me répond, visiblement troublé, que c’est un feu de cheminée qui a provoqué l’incendie d’une maison. Ce n’était pas vrai ; l’incendie avait été allumé et propagé par ordre. Mais je lui fais toucher les murs de notre maison qui sont brûlants. Alors, il a peur pour ses blessés et il envoie chercher une escouade de sapeurs pompiers. Toute la nuit ces sapeurs ont arrosé les murs et, ainsi, notre cher couvent a échappé à l’incendie » Encore une fois, grâce à une femme qui a réussi à faire éclore quelques sentiments de justice en l’âme des barbares, à leur révéler ce qui était le moins mauvais au fond d’eux-mêmes, encore une fois, une ville de France est sauvée.

  1. Livre Rouge.