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mands s’installèrent à Villerupt (Meurthe-et-Moselle) et après avoir ouvert et développé un commerce de droguerie, épousèrent deux Françaises, deux sœurs. Tous les quatre filaient — ou semblent filer — le parfait bonheur.

Le 29 juillet 1914, les bruits de guerre deviennent inquiétants en ce village frontière et les deux Allemands naturalisés engagent leurs femmes à se réfugier près de leur grand’mère, à Longwy.

Les deux jeunes femmes obéissent, et le 30 juillet à 5 heures du soir se rendent à la ville. Le hasard veut que justement la grand’mère, non prévenue à temps se soit absentée et que les deux épouses soient forcées de rentrer le soir même à Villerupt. Elles traversent le village, replié sur lui-même et comme mort en ce crépuscule de guerre. Elles arrivent à la droguerie et par la fenêtre ouverte sur le jardin contemplent un étrange spectacle, écoutent de plus étranges paroles. Leurs maris sont assis en face de deux uhlans. L’un des droguistes, finissant sans doute l’exposé d’un plan longuement mûri, déclare avec satisfaction qu’il va couler de la strychnine dans les tonneaux de vin commandés par la garnison de Longwy.

Ainsi leurs maris, ces hommes qu’elles aiment, auprès de qui elles ont vécu deux ans sans méfiance ne sont que des espions, fidèles peut-être à leur patrie d’origine, mais traîtres à leur pays d’adoption, traîtres à leurs devoirs familiaux. Ils ont abusé indignement de la généreuse hospitalité de la France… et quant à elles, les deux malheureuses femmes, « elles n’ont pas été les