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Quelques exemples montreront quels services le féminisme, initiant ses adhérentes aux questions économiques, a rendus à la cause commune. En 1915, me rapporte Mlle Thomson, par suite du changement dans les conditions des marchés passés avec l’Intendance, les ouvroirs parisiens eurent « en magasin » 100 000 chemises dont l’écoulement paraissait difficile. Plusieurs femmes proposèrent de les céder à 1 franc pièce. Les directrices d’ouvroirs féministes, mieux averties, refusèrent : Une telle opération risquait d’amener une dépréciation du marché et une diminution du salaire des ouvrières. Résistant à toutes les sollicitations, et maintenant les chemises au prix ancien, elles purent conjurer la crise. Mais elles surent aussi résister aux demandes tendant à augmenter démesurément le salaire des ouvrières qu’elles employaient, ne voulant pas créer aux patrons professionnels une concurrence factice.

Enfin les femmes ont su démontrer que sur les questions économiques, leurs avis n’étaient pas superflus. Leurs patientes campagnes les ont fait admettre dans les comités départementaux de chômage. À Paris même, la présidente de la Section du Travail au Conseil national, Mme Duchène, collabore avec MM. Mesureur et Appell au Secours national. L’action féminine, ainsi fortifiée obtint du gouvernement militaire de Paris la fixation d’un salaire minimum de 0 fr. 55, puis 0 fr. 60 par unité pour les caleçons ou chemises donnés en commande. C’est également grâce à l’active propagande, à l’infatigable persévérance, à la persistante action des groupes féministes dans les milieux gouvernementaux qu’est due