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fère causer et s’attabler.

C’est ce qui m’arriva. J’avais offert le bras à une vieille dame à laquelle j’avais été présenté, mais dès que nous fûmes arrivés sous la « tente à manger », elle me quitta, me saluant à peine, et s’en alla je ne sais où. J’étais demeuré assez embarrassé de ma personne, cherchant des yeux où m’installer, car je ne voyais plus une seule place libre. J’aperçus alors quelqu’un qui me faisait signe : c’était la fière Dora, qui m’avait déjà accordé une valse. Voyant mon embarras, et avec une grâce dont je ne l’aurais pas crue capable, elle m’indiquait un siège à son côté ! J’allai immédiatement l’occuper, aussi heureux de ne pas rester sur mes jambes que surpris d’une attention à laquelle je ne m’attendais guère.

Je dois dire que, sauf deux ou trois phrases insignifiantes, miss Dora ne fit pas grande attention à moi pendant le souper, et qu’elle bavarda surtout avec ses voisines. Nous étions sept à la même table. Mais je fus tout à fait touché et conquis quand, au champagne, la charmante miss se tourna en souriant vers moi et élevant sa coupe à la hauteur de ses lèvres, me dit à mi-voix en français et en me regardant bien dans les yeux : « Je bois à la France que j’aime beaucoup, monsieur. »

Je fus si ému à ce moment, ma chère Cécile, que je ne trouvai absolument rien à répondre : je me contentai de m’incliner et de lui faire raison. Mais mon trouble ne lui avait pas échappé et la flatta beaucoup plus, elle me l’a dit depuis, que ne l’auraient fait les compliments et remerciements que j’aurais pu lui adresser.

Elle était vraiment fort belle, avec sa chevelure dorée qui lui faisait une auréole autour du front et qui, d’abord massée à la nuque, puis éparse après un nœud de diamant, retombait en crinière sur ses blanches épaules et lui donnait je ne sais quel air superbe et léonin.

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