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je en souriant.

Je sautais à bas du lit, mes jambes flageolaient.

— Ce n’est rien, dit Thérèse en m’emmenant au cabinet de toilette, un bon bain réparera tout cela.

… Que te dirai-je encore, cher ami ? La journée se passa dans l’attente de délices nouvelles que la nuit me promettait. J’étais un peu pâle et j’avais les yeux cernés ; au déjeuner, maman me demanda si j’étais souffrante. Je sortis seule l’après-midi, sans but ; il faisait froid. Je remontai à pied les Champs-Élysées. J’avais besoin de mouvement… jamais je ne m’étais sentie si gaie, si heureuse, depuis ton départ. J’avais toujours devant les yeux le corps charmant de Thérèse, ses cuisses satinées, ses reins souples et bien cambrés, sa gorge si développée, ses yeux d’une expression si tendre qui se formaient sous mes baisers, et surtout cette « petit chose » si grande pour une femme, qui [se] dressait entre les lèvres roses…

Je voulais rentrer tout de suite pour la revoir et en jouir encore, puis je m’arrêtais en savourant mes souvenirs. Jamais je n’avais éprouvé pareil bonheur… pardonne-moi ce sacrilège, mon ami, mais, à ce moment-là j’aimais Thérèse autant que toi.

Mais mes scrupules s’apaisèrent quand je pensais qu’au même instant tu étais peut-être dans les bras de quelque bayadère, ou d’une sentimentale Anglaise qui te consolait de mon absence…

Non, je ne croyais pas que l’on pût ressentir de pareilles émotions entre les bras d’une de ses semblables, car ni mes polissonneries de jeune fille avec mes amies de pension, ni même les jouissances de cette fameuse nuit que nous passâmes avec Berthe, toi en tiers, et où tu te conduisis si vaillamment (huit fois monsieur !), ni le mois que notre cher Gérard passa avec nous, et pendant lequel il fut mon mari autant que toi, rien de ce que j’avais fait alors avec une

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