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épaule, suivie de ces mots : « Eh bien ! monsieur ?… »

D’un bond je fus debout.

— Vous, mademoiselle !… Vous, miss Dora !…

— Oui, moi, ou plutôt nous…

En effet, Flora, que je n’avais pas vue d’abord, accompagnait son amie, me regardant avec le plus troublant sourire. Dora continua avec une expression légèrement railleuse : « Ne nous attendiez-vous pas ?… moi, du moins ?… Vous avez reçu mon billet ?… »

— Cela est probable, fit à son tour Flora, en montrant du bout de son éventail les fleurs dont j’avais, à profusion, orné mon salon.

— Oui, mais je vous comprends : il n’est pas commun qu’une jeune fille du monde écrive à un monsieur qu’elle connaît à peine et vienne le trouver chez lui ; mais vous le savez, je ne suis pas faite comme les autres, moi !

— Vraiment, je ne pouvais croire à tant de bonheur…

— Qu’appelez-vous tant de bonheur, monsieur ? reprit Dora, toujours sur un ton railleur. Nous sommes venues simplement par curiosité, voir un intérieur de garçon, de Français…

Flora se mit à rire.

— Tu vois. Dora, M. Fonteney croyait déjà à une bonne fortune, peut-être même à une double bonne fortune. Est-ce bien comme cela que l’on dit en français ?…

J’étais un peu décontenancé, bien que ni l’une ni l’autre n’eût l’air hostile. Elles s’assirent sur mon sofa, tandis que je prenais place auprès d’elles sur un petit fauteuil bas en rotin, lorsque Dora me dit, d’un ton sérieux : « Vous voyez, cher monsieur, avec quelle confiance nous sommes venues, Flora et moi, nous en remettre à votre discrétion. Nous aimons à croire que nous n’aurons pas à nous en repentir et que jamais vous ne révélerez, à qui que ce soit, la visite que nous vous faisons en ce moment, pas plus que

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