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Mais je ne te cache pas, ma chérie, que je fus fort agité pendant tout le reste de la journée et qu’il me fut impossible de travailler. J’étais inquiet, impatient, énervé ; je ne me reconnaissais plus, moi, l’homme habitué aux aventures et aux bonnes fortunes.

C’est qu’elle était bien séduisante et paraissait dénuée de tous préjugés, cette ravissante Dora, Deux jours auparavant je l’avais tenue dans mes bras, seule à seule ; j’avais pu l’embrasser et elle m’avais rendu mon baiser ; de plus, elle avait consenti à des attouchements qui n’avaient cessé que par la crainte où nous étions d’être surpris. Dans le peu de temps que j’avais passé avec elle, Dora m’avait paru extrêmement avancée. Elle s’était révélée à moi comme aimant le plaisir avec passion, d’une dépravation précoce qui n’excluait ni la raison, ni la décence extérieure, et d’une science qui ne lui laissait pas ignorer les rapports sexuels, et même quelques chose de plus ; car, après ce que j’avais vu et entendu, je ne pouvais guère me tromper sur la nature de ses relations avec son amie Flora.

Qu’elle était charmante aussi, cette Flora, avec ses cheveux si noirs, ses grands yeux d’un azur profond, d’une douceur, d’une tendresse incomparable, qui parfois se fermaient à demi, comme sous l’empire d’une jouissance qu’elle savourait par la pensée ! Et quand mon souvenir se fixait sur elle, je la préférais certainement à Dora. Si celle-ci inspirait des idées de volupté, même de débauches inouïes, Flora semblait faite pour l’amour dans ce qu’il a de plus tendre et de plus délicat, sans en exclure la sensualité qui dans notre pauvre humanité, chez moi du moins, l’accompagne toujours.

J’étais tellement plongé dans mes réflexions, et hypnotisé par ma douce vision, que je n’entendis pas sonner l’heure, que pourtant j’avais appelée avec tant d’impatience. Tout à coup je tressaillis en sentant une légère pression sur mon

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