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L’équipage se composait d’un mécanicien, d’un chauffeur et d’un couli-lascar pour la manœuvre. Elle fit donner par Amalla le signal du départ, et le steam-launch se mit en marche à une allure assez rapide que nous conservâmes pendant toute la traversée de la ville. Lorsque nous commençâmes à la perdre de vue dans les brouillards du matin, le soleil se levait derrière un rideau de tamarins et de manguiers…

Je ne veux pas te faire la description d’un « lever de soleil dans l’Inde ». bien que le spectacle soit particulièrement grandiose.

Nous étions, Dora et moi, sous le charme, et nous nous tenions la main sans échanger une parole. Je ressentais une ivresse étrange à me trouver seul avec cette belle fille que j’avais vue si folle de son corps, si ardemment lascive, et qui me regardait maintenant avec des yeux d’une douceur inexprimable.

Amalla, insensible aux beautés de la nature, s’était endormie sur le pont.

Le yacht avait ralenti sa marche, et nous glissions sur l’Hoogyl, qui étend sa vaste nappe, d’un kilomètre de large, entre deux rives plates et verdoyantes.

— Quelle belle matinée ! me dit Dora : entrons dans le salon, car le soleil commence à être trop chaud.

— Oui, belle matinée, fis-je répondant à son exclamation, belle surtout parce que vous êtes là, près de moi, toute à moi.

Je voulus l’embrasser sur les lèvres et glisser ma main sous son vêtement pour lui caresser les seins. Elle me repoussa vivement.

— Non, pas maintenant, mon ami, plus tard… Écoutez, continua-t-elle d’une voix musicale que je ne lui avais jamais entendue, il faut que je vous dise pourquoi j’ai voulu vous avoir tout un jour rien qu’à moi, sans prévenir mes

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