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gante, et très soignée quant aux dessous.

— Voyons, grosse bête, lui dis-je la voyant réellement affligée par cette sortie matinale, tu ne vas pas être jalouse à présent ?… Tu sais bien que ce n’est qu’une toquade qui ne durera pas. Veux-tu venir avec moi chez Adrien ?… Tu en goûteras aussi, et tu verras que je ne tiens pas du tout à lui… Tout jeune qu’il est, ce gaillard-là est de force à nous contenter toutes les deux…

Je parlais sans conviction, car, pour rien au monde, je n’aurais voulu emmener Thérèse avec moi : je songeais aux voluptés de la soirée précédente et je savais d’avance quel effet cette double visite intempestive produirait sur Adrien.

— Non, allez-y toute seule, répondit Thérèse.

Vous, lui répliquai-je en la pressant dans mes bras… Oh ! Thérèse, tu veux vraiment me faire du chagrin ?…

Ses yeux se remplirent de larmes.

— Non, ma chérie… mais vois-tu, j’ai peur que tu t’amouraches sérieusement de ce jeune homme. Va… et amuse-toi bien…

Je partis à pied, et en moins d’un quart d’heure, j’étais rue de Bourgogne. Suivant la recommandation d’Adrien, je montai sans rien demander au portier. Je n’eus pas besoin de frapper ; la porte d’elle-même s’ouvrit et je me trouvai dans les bras de mon amoureux, qui me dévorait de baisers, me laissant à peine le temps d’enlever mon chapeau et ma mantille : « Chère Louise, répétait-il (c’est le nom que je m’étais donné), que vous êtes gentille d’être venue !… Je vous aime, je vous adore… Que je suis heureux de vous revoir !… »

Je sentais son cœur battre violemment, tandis qu’il me serrait avec tendresse sur sa poitrine ; j’étais émue, et toute remuée par cette explosion d’un amour sincère et profond. Je baisai ses yeux où tremblait une larme de joie : « Allons, dis-je gaiement, consolez-vous, grand enfant, puisque me

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