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séductions trop nombreuses que t’offrent tes charmantes amies, n’abuse pas de tes forces, et… reviens-nous solide et vigoureux comme tu étais lorsque tu m’as quittée. Cette Dora est si passionnée ! cette Flora a une langue si avide ! cette petite Maud est si curieuse de tout !… Enfin, je ne t’en dis pas davantage, tu es plus raisonnable que moi…

Dans le post-scriptum de ta lettre, tu me recommandes, toi aussi, de prendre bien garde à ma santé et de ne pas m’épuiser avec la voluptueuse Thérèse (que, cependant, tu brûles d’envie de connaître). Merci bien, cher petit mari, du soin que vous prenez de votre petite femme : rassurez-vous, je ne pense pas qu’il y ait à craindre de ce côté, car vous savez qu’elle est assez robuste pour résister aux coups de langue d’une amie.

Ma santé n’a subi aucune atteinte ; Thérèse, bien que vicieuse, est prudente et sage, et le plus souvent, modère ma passion et se refuse à mes caresses.

Je finis par croire que notre séparation momentanée est une bonne chose : elle nous confirme dans la solidité de notre affection et, ainsi que tu vas le voir par la suite de l’histoire de mon escapade avec Adrien, nous avons bien fait de nous permettre réciproquement tous nos caprices et de nous pardonner à l’avance nos mutuelles infidélités, puisque l’expérience vient prouver que rien ne peut attaquer l’inébranlable constance de notre amour.

En me quittant, Adrien m’avait fait promettre de revenir sans faute le lendemain ; j’avais éprouvé moi-même trop de plaisir en sa compagnie pour ne pas désirer le revoir ; il n’eut donc aucune peine à me décider, et j’acceptai l’invitation qu’il me fit de venir déjeuner chez lui à midi. Je m’habillai de bonne heure et me préparai à partir ; j’étais fraîche, reposée, et j’avais de la gaieté plein le cœur…

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D’un air contrit, Thérèse m’aidait à revêtir une toilette différente de celle que je portais la veille, un peu plus élé-

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