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cette victoire le combla de joie.

Nous passâmes rapidement devant la loge du concierge, dont Adrien redoutait l’œil investigateur. C’était une vieille demeure aux hautes fenêtres, et j’étais un peu essoufflée en arrivant au quatrième étage.

La porte se referma et nous nous trouvâmes dans l’obscurité : Adrien me tenait par la taille comme s’il eût craint de me laisser échapper ; il alluma la lampe et mit feu aux bûches de bois préparées dans la cheminée. Une vive lumière éclaira la pièce et me fit voir une chambre à coucher meublée et décorée avec goût ; un piano occupait l’un des angles, faisant face à un large divan, et le lit dissimulé dans une alcôve profonde était drapée d’étoffe cramoisie.

Je m’assis dans un fauteuil, au coin du feu, et pendant que j’examinais cet intérieur de garçon, qui ne sentait pas du tout la bohème, Adrien disposait sur une table encombrée de bouquins, un service à thé japonais, une assiette de petits fours, un flacon de muscat et des cigarettes.

— Mon Dieu ! fis-je, en voyant ces préparatifs, vous attendiez donc quelqu’un ?…

— Non… ou plutôt oui, répondit-il d’un ton ému.

— Peut-on savoir qui ?…

— Vous !… oui, vous-même, c’est-à-dire l’Inconnue que je désire depuis longtemps, que j’ai enfin trouvé et que j’aime déjà de tout mon cœur…

Il s’était assis à mes pieds sur un coussin et me tendait les bras en me regardant avec une adoration passionnée. Pour tout réponse, je l’attirai vers moi, appuyai sa tête sur ma poitrine, et… nous recommençâmes le jeu charmant que nous avions dû interrompre dans le chemin de fer. Mais cette fois, sûr de plaire et d’être aimé, mon gentil amoureux se montra plein de dispositions : il trouva d’instinct, parmi les cent manières d’embrasser et de caresser une femme, le baiser profond et lent qui fait passer sur la peau

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