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Page:18830317 La Presse.pdf/2

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itude des réunions publiques, sont priés de nous les fairs parvenir dans le plus bref délai.

Il s’agit d’une question intéressante pour nos amis actuellement détenus


UN PEU PARTOUT

Le Popular Science Monthly, examinant la question de l’accroissement de la population nègre aux États-Unis, arrive à des conclusions peut rassurantes. Depuis l’abolition de l’esclavage, l’accroissement de la population noire est supérieur à celui des blanches. Ainsi, tandis que de 1870 à 1880 la race blanche s’accroît de 29 %, la race noire s’est accrue de 34 %. D’ici à un siècle, et en admettant que le mouvement continue, la population noire sera le double de la blanche dans les Etats du Sud. Cet accroissement est d’autant plus dangereux et plus difficile à enrayer, qu’il a sa cause, non dans l’immigration, mais dans la fécondité supérieure de la race noire.

Plus que jamais en ce moment, les préjugés de races sont vivaces et puissants ; les mariages mixtes sont de plus en plus rares. L’auteur du travail que nous citons prévoit une crise sociale terrible pour le jour où les nègres, ayant pour eux le nombre, voudront sortir de la condition inférieure qui leur est faire par l’antipathie et le dédain des blancs. Comme solution du problème, il propose d’envoyer les noirs dans l’Amérique du Sud qui s’en arrangera comme elle pourra.

On continue à publier en Allemagne les mémoires du docteur Stieber, le chef de l’espionnage allemand pendant la guerre.

Ces mémoires révèlent l’existence d’un M. de Hellwitz, qui fit plusieurs fois le voyage entre Versailles et Wilhelmhsœhe, comme intermédiaire officieux entre M. de Bismarck et Napoléon III.

Les correspondances de Stieber ne manquent pas de pittoresque. Il écrit un jour à sa femme :

« Dans le service, tel que je l’ai organisé, je représente l’énergie et la grossièreté ; M. de Zernicki, mon second, l’amabilité et la politesse, grâce à cet heureux mélange, les affaires marchent parfaitement. »


PETITE GAZETTE. — On assure que c’est M. Jules Cazot, sénateur, ancien ministre de la justice, qui a le plus de chance d’être nommé premier président de la cour de cassation, en remplacement de M. Mercier.

— On sait que sur la demande du gouvernement français, le cabinet hellénique a bien voulu ajourner jusqu’au 1er avril prochain l’application des tarifs différentiels applicables aux marchandises étrangères importées en Grèce.

Notre ministre à Athènes, M. le comte de Mouy, a profité de ce délai pour reprendre les négociations relative à la conclusion d’un traité de commerce entre les deux pays.

Nous sommes heureux d’apprendre que ces négociations sont réussi et que l’entente est faite sur les principales bases du nouveau traité.

— L’Académie Française a décerné, hier, des récompenses pour les prix de traduction.

Le prix Langlois, de 1,500 fr., a été remporté par M. Lefebvre, auteur d’une traduction de la rhétorique d’Aristote, fort remarquable, paraît-il.

Une somme de 1,000 fr. sur le prix Janin, de 3,000, a été décernée à M. de Velay, sur le rapport de M. Taine.

Avant de se séparer, l’Académie a décidé qu’elle siégerait mardi prochain, mais non jeudi, qui est le jeudi saint. En revanche elle ne se réunira pas le mardi de Pâques, mais le jeudi suivant.

CHRONIQUE


CHERCHEZ LA FEMME

Ce n’est pas seulement dans les querelles de familles, dans les brouilles d’amis intimes ou sur les insipides petits cartons de la question du jour qu’il faut chercher et le trouver, cet animal de luxe si adorablement perfide qu’on appelle la femme et à qui un concile célèbre a bien voulu, un jour, reconnaître une âme à peu près constituée comme la vôtre, la mienne ou celle de M. Victor Hugo.

C’est au sein des crises sociales les plus graves, des questions internationales les plus importantes, et rien n’est plus vrai, comme on l’a dit « que les dessous de la politique sont souvent des dessous de jupons ».

Cet état de choses ne date pas seulement d’hier, et je crois que pour trouver la plus ancienne manifestation de cette influence de l’éternel féminin dans la vie nous pouvons remonter jusqu’à notre grand’mère Eve, cette irrésistible gourmande qui fit sur la terre la première des révolutions, et qui condamna ainsi, pour la suite, les pauvres chroniqueurs à noircir à jamais du papier blanc, au lieu de fumer tranquillement leur Londres sous les grands palmiers du Paradis terrestre.

Et que d’Hélènes, de Cléopatres, de reines Marguerites, de Pompadours, de Charlottes Corday et de Gabrielles Fenayron depuis cette antique révolutionnaire jusqu’à la charmante enfant, émule de la vierge rouge, qui, l’autre jour, dévasta si cruellement de ses mains mignonnes le menton de M. Yves Guyot, agacée sans doute à la fin, d’entendre ressasser constamment cet adage, faux comme la voix de Théo ou les appas de Sarah Bernhardt ;

Du côté de la barbe est la toute puissance.

Mais je n’ai nullement l’intention de m’arrêter plus longtemps sur ces hystériques assoiffées de réclame et de popularité, qui opèrent au grand jour et pour la galerie.

Qu’elles dorment en paix, les sans-culottes féminins qui prirent la Bastille, ainsi que « l’Ange de l’assassinat » qui crut pouvoir trancher un jour, d’un coup de poignard, le véritable noeud de la question politique ; et aussi, cette pauvre Théroigne de Méricour que Michelet nous a montrée mourant de honte à la suite de l’humiliante correction à la Gervaise, qui lui fut administrée en plein jardin des Tuileries ; correction qu’on aurait voulu voir, la semaine dernière appliquée à la pudique Louise Michel, et dont les indécents préliminaires sussent sans doute offert aux badauds un spectacle à faire reculer d’horreur jusqu’aux lourds canons des invalides.

Laissons donc écrasées sous le ridicule ces tapageuses personnalités qui, pour nous combattre, ont commis la maladresse de jeter de côté leurs véritables armes pour employer celles dont elles ne sauront jamais habilement se servir, et qui ont ainsi perdu le vrai secret de leur force, c’est-à-dire l’apparence de leur faiblesse.

Celles-là ne sont pas dangereuses, et leur influence tombera en même temps que leur prestige, le jour où, dans ces paquets de jupons, les hommes, enthousiastes un instant comme les enfants de tout ce qui semble nouveau et anormal, ne trouveront ni l’intensité de volonté qui fait la force de leur sexe à eux, ni la grâce câline et sournoise qui constitue ce pouvoir irrésistible et toujours triomphant de la véritable femme qui est notre grande maîtresse, à tous, à cause même de ses pudeurs, de ses timidités, de ses terreurs et de ses faiblesses !

Non, ce ne sont pas les autres, ce sont celles-ci qu’il faut chercher dans toutes les actions humaines, dans toutes les crises sociales.

C’est à elles qu’appartient le monde ; c’est par elles, c’est pour elles que tout se fait sur la terre.