Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/328

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— Mais, dit le connétable, je ne te force en rien ; car si tu vas à l’église et que le mariage ne te convienne pas, tu peux l’empêcher si tu veux ; le sacrement ne peut s’achever sans la volonté de l’époux.

— Je ne vous comprends pas, mon oncle, dit Damien ; vous avez déjà consenti…

— Oui, Damien, répondit le connétable, j’ai consenti à renoncer à mon droit en ta faveur ; car si Éveline Berenger se marié aujourd’hui, c’est toi qui es l’époux. L’Église a donné sa permission, et le roi son approbation… la demoiselle ne dit pas non… et il ne reste plus qu’à demander si l’époux dira oui. »

La réponse se devine aisément, et il n’est pas nécessaire de nous arrêter à détailler la splendeur de la cérémonie, que Henri honora de sa présence pour expier sa sévérité injuste. Amelot et Rose furent unis peu de temps après. Le vieux Flammock fut auparavant créé gentilhomme et reçut des armoiries, afin que le noble sang normand pût, sans déroger, se mêler à celui qui colorait les joues, le cou et le sein de la belle Flamande. Il n’y eut rien dans les manières du connétable envers son neveu et son épouse qui exprimât un seul regret de la privation qu’il s’était imposée en faveur de leur jeune passion. Mais bientôt après il accepta un haut grade dans les troupes destinées à envahir l’Irlande, et son nom se trouve parmi les plus illustres des chevaliers normands qui réunirent les premiers cette belle île à la couronne d’Angleterre.

Éveline, rendue à son château et à ses domaines, ne manqua pas de pourvoir au sort de son confesseur et de ses vieux soldats, serviteurs et domestiques, oubliant leurs erreurs pour ne se rappeler que leur fidélité. Le confesseur fut admis à la chère d’Égypte, plus convenable à ses habitudes que le maigre régime de son couvent. Gillian même reçut d’abondants moyens de subsistance, puisque la punir c’eût été affliger le fidèle Raoul. Ils se querellèrent le reste de leur vie dans l’abondance, tout autant qu’ils s’étaient querellés dans la pauvreté ; car les chiens hargneux se battent aussi bien pour un bon repas que pour un os.

La seule cause de contrariété sérieuse que nous connaissions à lady Éveline provint d’une visite de sa parente saxonne, rendue avec une grande pompe, mais malheureusement au moment où la dame abbesse rendait la sienne. La discorde qui exista entre ces deux personnes venait d’une double cause, car l’une était