Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/325

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— Oui ; mais l’esprit du connétable a été aigri contre toi par les bruits qui d’Angleterre ont frappé son oreille ; il a été question d’amour entre toi et son épouse fiancée, Éveline Berenger. Hein ! t’ai-je touché maintenant ?

— Pas le moins du monde, » dit Damien, appelant à son secours la plus forte résolution que pût lui fournir sa vertu. « C’est ce drôle qui m’a frappé un peu fort avec son marteau. Continuez. Mon oncle apprit ces bruits et les crut ?

— Oui, dit le pèlerin ; je puis l’affirmer, puisqu’il ne me cachait aucune pensée. Mais il me pria de vous cacher soigneusement ses soupçons ; sans quoi, dit-il, le jeune loup ne viendrait jamais dans le piège pour en délivrer le vieux. S’il était une fois dans ma prison, » continua votre oncle en parlant de vous, « il y pourrirait et y mourrait avant que j’envoyasse un sou pour libérer l’amant de ma fiancée.

— Mon oncle parlait-il sérieusement ? » dit Damien effrayé. Pouvait-il former un plan aussi perfide que celui de me laisser dans la captivité où je me serais jeté pour le racheter ? Non ! cela ne peut être.

— Ne vous flattez pas d’une aussi vaine idée, dit le pèlerin. Si vous allez en Syrie, vous courez à une éternelle captivité, tandis que votre oncle reviendra posséder une fortune aussi considérable qu’auparavant et Éveline Berenger.

— Ah ! » s’écria Damien ; et baissant les yeux un instant, il demanda au pèlerin, d’une voix plus soumise, ce qu’il lui conseillait en pareille circonstance.

« Le cas est simple, selon mon pauvre jugement, reprit le pèlerin. Nul n’est tenu d’être fidèle envers celui qui a l’intention de ne pas l’être envers l’autre. Prévenez la trahison de votre oncle, et que son existence, maintenant courte et frêle, périsse dans la cellule pestiférée à laquelle il voudrait condamner votre jeunesse vigoureuse. La faveur royale vous a donné assez de biens pour vivre honorablement ; et pourquoi ne pas y réunir ceux de Garde-Douloureuse ? Éveline Berenger, si je ne me trompe, ne dira pas non, et bien mieux, je réponds qu’elle dira oui, car je connais bien ses sentiments ; et quant à son premier contrat, un mot de Henri à Sa Sainteté, maintenant qu’ils sont presque réconciliés, effacera du parchemin le nom de Hugo, et y substituera celui de Damien.

— Ma foi ! » dit Damien en se levant et en plaçant son pied sur