Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/324

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vous ne deviez pas penser que ces bracelets vous seraient ôtés pour tout autre motif que pour monter à l’échafaud.

— Paix ! chien, dit Damien, dépêche-toi ! Et toi, qui m’as apporté ces bonnes nouvelles, je te pardonne ta première intention ; tu pensais sans doute qu’il était important de m’arracher, pendant mon esclavage, des promesses que l’honneur me forcerait de tenir quand je serais libre. Ton soupçon avait quelque chose d’offensant, mais tu avais pour but la sûreté de mon oncle.

— Et avez-vous réellement l’intention, dit le pèlerin, d’employer votre liberté nouvellement acquise à faire le voyage de Syrie, et d’échanger votre prison anglaise contre le cachot du Soudan ?

— Si tu veux me servir de guide, tu n’auras pas à dire que je m’arrête en chemin.

— Et la rançon, dit le pèlerin, comment vous la procurerez-vous ?

— Comment ? les propriétés qui me sont rendues appartiennent vraiment et justement à mon oncle, et doivent servir pour lui avant tout. Si je ne me trompe pas, il n’y a pas un Juif ou un Lombard qui n’avancerait volontiers les sommes nécessaires sur une telle assurance. Aussi, chien, » continua-t-il en s’adressant au geôlier, « hâte-toi de défaire tes rivets, et ne crains pas de me faire un peu de mal pourvu que tu ne me casses pas un membre. »

Le pèlerin le regarda un instant, comme surpris de la détermination de Damien ; puis il s’écria : « Je ne puis garder plus long-temps le secret du vieillard. Il ne faut pas sacrifier une générosité si grande. Écoute, brave Damien, j’ai encore un grand secret à te confier, et comme ce rustre Saxon n’entend pas le français, l’occasion est favorable pour te le conter. Apprends que le caractère de ton oncle est aussi changé que son corps est cassé et débile ; l’humeur et la jalousie se sont emparées d’un cœur qui fut jadis grand et généreux ; sa vie touche maintenant à sa fin, et la fin en est désagréable et amère.

— Est-ce là ton grand secret ? dit Damien. Que les hommes vieillissent, je le sais ; et si, avec l’infirmité du corps vient celle du caractère et de l’esprit, leur état exige encore plus l’accomplissement des devoirs de ceux qui leur sont liés par le sang et l’affection.