Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/320

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ténébreuse, quand, tout étrange que cela puisse paraître, sa santé, qui avait souffert beaucoup de ses blessures, commença à s’améliorer peu à peu, soit qu’il se trouvât bien du régime sévère auquel il était réduit, ou qu’une fatale certitude, avec toute la mélancolie qui l’accompagne, soit un mal que bien des personnes supportent mieux qu’une lutte pénible entre la passion et le devoir. Mais la fin de son emprisonnement semblait s’approcher rapidement ; son geôlier, Saxon maussade de la plus belle classe, l’avertit, en plus de mots qu’il ne lui en avait encore fait entendre, de penser à changer bientôt d’habitation ; et, à la manière dont il parla, le prisonnier jugea qu’il n’y avait pas de temps à perdre. Il demanda un confesseur, et le geôlier, quoiqu’il se retirât sans répondre, sembla indiquer par un geste qu’on lui accorderait sa demande.

Le lendemain, de très-grand matin, les chaînes et les verrous de la cellule firent entendre leur bruit et leur gémissement, et tirèrent Damien d’un sommeil interrompu, qui ne durait que depuis environ deux heures. Ses yeux se fixaient sur la porte qui s’ouvrait lentement, comme s’il eût attendu le bourreau et ses valets ; mais le geôlier fit entrer un homme robuste vêtu d’un habit de pèlerin.

« Est-ce un prêtre que vous m’amenez, geôlier ? dit l’infortuné prisonnier.

— Il répondra mieux que moi à cette question, » reprit le brusque Saxon en se retirant aussitôt.

Le pèlerin resta debout, le dos tourné vers la petite fenêtre, ou plutôt l’ouverture par laquelle la cellule était imparfaitement éclairée, et regarda fixement Damien, qui était assis sur le bord de son lit ; ses joues pâles et ses cheveux en désordre formaient un triste mais parfait accord avec ses fers pesants. Il examina à son tour le pèlerin ; mais la lumière lui laissa seulement voir que son visiteur était un robuste vieillard ayant des coquilles sur son chapeau, signe qu’il avait passé la mer, et il avait une branche de palmier à la main pour montrer qu’il avait visité la terre sainte.

« Benedicite, révérend père, dit l’infortuné jeune homme : êtes-vous un prêtre venu pour décharger ma conscience ?

— Je ne suis pas prêtre, reprit le pèlerin, mais un homme qui vous apporte de tristes nouvelles.

— Vous les apportez à un homme à qui le bonheur est depuis