Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/317

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entièrement, parut à Éveline décider du sort de son amant et du sien ; mais l’idée d’avoir conduit à sa perte son affectionnée et courageuse suivante était tout ce qu’il lui fallait pour lui donner l’apathie du désespoir. « Pensez de moi tout ce qu’il vous plaira, dit-elle à sa tante, je ne me défendrai plus… dites ce qu’il vous plaira, je ne vous répondrai plus… emmenez-moi où vous voudrez, je ne résisterai plus… Dieu disculpera mon honneur quand il le jugera à propos : puisse-t-il alors pardonner à mes persécuteurs ! »

Après cela, et pendant plusieurs heures de cette malheureuse journée, lady Éveline, pâle, froide, silencieuse, alla de la chapelle au réfectoire et du réfectoire à la chapelle, au moindre signe de l’abbesse et de ses sœurs, et parut regarder les diverses privations, pénitences, remontrances et reproches, auxquels elle fut assujettie toute la journée, avec la même indifférence qu’une statue de marbre supporte l’inclémence de l’air ou les gouttes de pluie qui doivent, avec le temps, l’user et la détruire.

L’abbesse, qui aimait sa nièce, quoique son affection se montrât parfois d’une manière peu agréable, finit par s’alarmer ; elle révoqua l’ordre de conduire Éveline dans une cellule inférieure, elle assista même à son coucher, attention que la jeune fille regarda, comme tout le reste, avec la même indifférence, et avec une tendresse qui se ranimait, la baisa et la bénit en quittant l’appartement. Toute légère qu’était cette marque d’affection, elle était inattendue, et, semblable à la baguette de Moïse, elle ouvrit les sources cachées. Éveline pleura, ressource qui lui avait été refusée tout ce jour… elle pria, et enfin s’endormit en sanglotant comme un enfant, avec l’esprit un peu calmé par cette émotion naturelle.

Elle s’éveilla plus d’une fois dans la nuit, au milieu de sombres rêves qui lui montraient confusément des cellules et des châteaux, des funérailles et des noces, des couronnements et des gibets ; mais vers le matin elle tomba dans un sommeil plus profond, et ses visions se ressentirent de son esprit plus calme. La dame de Garde-Douloureuse semblait lui sourire dans ses rêves, et lui promettre sa protection. L’ombre de son père y était aussi ; et, avec la hardiesse que donnent les rêves, elle le regarda tranquillement et sans crainte ; ses lèvres remuèrent, et elle entendit des paroles qu’elle ne pouvait comprendre, mais qui paraissaient lui annoncer l’espérance, la consolation et son bonheur prochain. Il s’y